L’HÉPATITE C BIENTÔT ÉRADIQUÉE ?

Le gouvernement a inscrit l’objectif d’éradiquer l’hépatite C pour 2025 dans le plan national de santé publique. Est-ce vraiment la disparition programmée de cette maladie causée par un virus, ou sommes-nous trop optimistes ?

Le dépistage, au moins une fois dans sa vie

Pour bien soigner la maladie, il faut la dépister au plus vite. Beaucoup de progrès ont déjà été réalisés grâce au travail des associations, aux campagnes de sensibilisation, lancée le 12 avril par l’association SOS Hépatites, ou encore à une meilleure connaissance des modes de contamination. Le gouvernement a également annoncé qu’il comptait rendre plus accessible les TROD, ces tests qui permettent de savoir si l’on a été contaminé en seulement 15 minutes. Mais à l’heure actuelle, le dépistage est encore centré sur les profils considérés comme à risques, c’est-à-dire principalement les toxicomanes et les personnes qui ont reçu une transfusion de sang avant 1992. Or, la Haute autorité de santé reconnaît que cette approche ne permet pas de repérer suffisamment le nombre de cas. En 2018, SOS Hépatites estime à 110 000 les malades de l’hépatite C, dont 75 000 ignorent leur infection. Il s’agirait majoritairement d’hommes entre 40 et 60 ans, et de femmes entre 60 et 70 ans, par exemple transfusées à la suite d’un accouchement. L’Association française pour l’étude du foie (AFEF) et SOS Hépatites recommandent un dépistage de toute la population au moins une fois dans sa vie, au moyen d’une prise de sang. « Nous proposons qu’il soit fait par exemple à 50 ans, en même temps que d’autres dépistages, ou bien dans le cadre d’une chirurgie ou d’une grossesse », précise le Dr Pascal Mélin, président de SOS Hépatites.

Tous les malades ont accès aux nouveaux traitements

Les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) permettent de savoir si on a été contaminé en seulement 15 minutes.

Si les spécialistes et les associations sont aujourd’hui si optimistes, c’est grâce à l’arrivée, il y a quatre ans, de nouveaux médicaments : les antiviraux à action directe. Ils semblent éliminer toute trace de virus dans l’organisme de 90 % des personnes infectées, sans risque de rechute, et quel que soit le stade de développement de la maladie. « Ce chiffre monte même à 95 % pour les patients qui n’ont jamais reçu de traitement auparavant, et à 98 % chez ceux qui ne présentent aucune complication », complète le Pr Christophe Bureau, gastroentérologue et hépatologue. L’observance est aussi meilleure car les effets secondaires sont moindres, et la durée du traitement est plus courte. « Un autre point très encourageant est que nous n’avons observé le développement d’aucune résistance », souligne le Dr Anne Goffard, virologue. Il y a encore un an et demi, le seul défaut de ces médicaments était leur prix exorbitant qui empêchait l’ensemble des malades d’y accéder. L’Assurance-maladie ne les remboursait que pour les hépatites C les plus sévères, et seuls 15 000 patients en ont bénéficié en 2016. Puis, l’indication a été étendue à tous les malades. Une dernière étape a été franchie en mars 2018, lorsque les antiviraux à action directe ont obtenu l’autorisation d’être délivrés dans toutes les pharmacies, et plus seulement dans celles des hôpitaux. « Le dernier bémol à cette accessibilité est la prescription des traitements par les seuls spécialistes du foie », précise le Pr Bureau. Les hépatologues de l’AFEF souhaiteraient laisser la prise en charge des patients sans complication aux généralistes, dans un protocole de soins balisé. L’objectif est de réduire les délais entre le dépistage et le traitement.

Éliminer le virus ne suffit pas toujours pour guérir

Le fait de supprimer le virus ne signifie pas que l’on guérit forcément des dommages causés au foie, il faut différencier ces deux aspects. L’atteinte du foie peut régresser si elle est peu étendue, mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut alors soigner la cirrhose ou le cancer du foie avec d’autres médicaments. Par ailleurs, les cas de malades en échec de traitements contre l’hépatite C existent, même s’ils représentent moins de 5 % des cas. « Il faut alors chercher un recours avec d’autres antiviraux à action directe, ou les traitements plus anciens que sont l’interféron et la ribavirine », dit le Dr Goffard. Aujourd’hui, il est donc plus juste de parler d’élimination que d’éradication de la maladie. L’objectif est de réduire de 90 % les nouvelles contaminations et de 65 % la mortalité causée par la maladie, qui représentait 2 500 morts par an dans les années 2000.

LES EXPERTS

Pr Christophe Bureau gastroentérologue et hépatologue

Dr Anne Goffard virologue

Dr Pascal Mélin président de SOS Hépatites

LES NOUVEAUX MÉDICAMENTS DE L’HÉPATITE C

Ils soignent toutes les formes de l’hépatite C. Leurs effets secondaires sont légers, et le temps de traitement est réduit de 2 à 6 fois par rapport aux anciens médicaments.

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